Et si certaines phrases fermaient la discussion sans que tu l’aies voulu ?

Culture

Deux collègues échangent dans un bureau lumineux, près de grandes fenêtres donnant sur la végétation, avec un ordinateur portable posé sur le bureau

Et si certaines phrases fermaient la discussion sans que tu l’aies voulu ?

Dans l’article précédent, nous avons vu qu’une émotion donne un indice sur la façon dont nous vivons une situation.

Mais une conversation se joue toujours à deux, et il arrive que ce soit notre propre phrase, lancée sans y penser, qui laisse l’autre avec ce goût amer.

Imagine que tu signales une difficulté à quelqu’un de ton équipe, et qu’on te réponde :

« On en reparle plus tard. »

La formule est sans doute sincère. Et pourtant, les jours passent sans que tu y reviennes.

Des phrases ordinaires, reçues autrement qu’elles ne sont dites

Nous avons tous, un jour, prononcé l’une de ces phrases qui bloquent un échange sans que personne ne l’ait décidé.

« On en reparle plus tard. »

Dit pour avancer, cela peut être perçu comme une manière d’éviter la discussion.

« De toute façon, c’est comme ça. »

Dit par lassitude, cela peut s’entendre comme une porte qui se referme.

« Tu aurais dû me prévenir. »

Dit sous la pression, cela peut être vécu comme un reproche, si bien que la fois suivante, la personne ne préviendra peut-être pas.

« C’est pas grave. »

Prononcé pour apaiser, cela peut parfois signifier l’inverse pour la personne qui le reçoit : ce que tu dis n’a pas d’importance.

Aucune de ces phrases n’est forcément mal intentionnée, et c’est précisément ce qui les rend difficiles à repérer.

La personne qui les prononce peut les avoir oubliées dans l’heure, alors que celle qui les reçoit peut y repenser plusieurs jours.

D’un côté, il ne s’est rien passé.
De l’autre, quelque chose s’est refermé.

Ce qu’elles ont toutes en commun

Ces quatre phrases partagent un même défaut, qui n’a rien à voir avec le ton ni avec l’intention :

elles referment un sujet sans dire quand il se rouvrira.

Or, c’est rarement délibéré.

Lorsque la journée a été longue et qu’il reste des messages à traiter, nous prenons naturellement l’option la plus courte. Et la plus courte est justement souvent celle qui clôt.

Mises bout à bout, ces petites fermetures finissent par décourager la parole, non pas d’un coup, mais progressivement.

On ne signale plus.
On n’insiste plus.
On garde pour soi.

Une équipe silencieuse n’est donc pas nécessairement une équipe sereine.

C’est parfois une équipe où plus personne n’a l’énergie d’ouvrir la discussion.

Rouvrir ce que la phrase a fermé

La réparation tient parfois en une phrase.

Et elle ne demande ni de changer de caractère ni d’être disponible en permanence.

Tu as le droit de ne pas vouloir traiter un sujet sur le moment. Il suffit parfois d’ajouter ce qui manquait :

« Je n’ai pas la tête à ça maintenant, est-ce qu’on peut en reparler demain à quatorze heures ? »

Le refus est le même, mais la porte reste ouverte.

Tu peux aussi réparer après coup, ce que l’on sous-estime beaucoup.

Revenir le lendemain en disant :

« Je t’ai répondu un peu sèchement hier, raconte-moi. »

peut suffire à rouvrir l’échange.

Et tu peux agir en amont, en reprenant ton souffle avant une conversation que tu sais délicate.

Quelques minutes de récupération peuvent te rendre ce qui te manquait sur le moment : le choix de tes mots.

Tout ne se règle pas avec une meilleure formulation

Cette approche a toutefois une limite.

Une phrase qui échappe à quelqu’un de fatigué n’a rien à voir avec une phrase qui vise, ou qui se répète toujours vers la même personne.

Dans ce cas, il ne s’agit plus simplement de disponibilité ou de fatigue, mais d’un fonctionnement d’équipe.

Et cela se traite en le disant, pas en respirant mieux.

Pour le reste, ces phrases ne sont pas forcément des fautes.

Elles peuvent aussi être des signaux : elles indiquent assez fidèlement le moment où la réserve commence à manquer, chez soi comme chez les autres.


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