Et si nos pauses ne nous reposaient pas vraiment ?

Performance

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Dans le blog intitulé "Pourquoi l'énergie des vacances s'évaporent si vite ?". nous avons vu que notre cerveau prend des milliers de micro-décisions par jour, et que cette accumulation crée une charge invisible : la fatigue décisionnelle. Et cette fatigue se combine avec un autre phénomène : l'économie de l'attention.

 

Une richesse d'information, une pauvreté d'attention


En 1971, l'économiste Herbert Simon écrivait qu'une richesse d'information crée une pauvreté d'attention. Autrement dit : plus il y a d'informations disponibles, plus notre attention devient rare et précieuse.

Les plateformes numériques ont très bien compris cela. Leur objectif n'est pas seulement de nous
informer ou de nous divertir. Leur modèle repose souvent sur notre temps d'attention : plus nous restons, plus nous voyons de contenus, plus nous interagissons, plus nous devenons « captables».


Sean Parker, premier président de Facebook, a même expliqué en 2017 que la question centrale était de savoir comment consommer le plus possible de notre temps et de notre attention consciente.


C'est là que les choses deviennent importantes pour notre équilibre mental.

Les notifications, le défilement sans fin, les contenus sur les réseaux, les alertes, les mentions, les messages non lus : tout cela crée un environnement où notre attention est constamment rappelée, découpée, redirigée.


 

Notre cerveau n'a plus vraiment de temps mort

 
Même quand nous « faisons une pause », nous passons parfois d'un effort cognitif professionnel à une autre forme de stimulation cognitive : lire, regarder, comparer, réagir, consommer.


On ne récupère pas vraiment.
On change juste de source de sollicitation.
Notre cerveau s'est adapté... mais pas forcément dans le bon sens.

Avant, il fallait aller vers l'information. Maintenant, l'information vient à nous, tout le temps, et notre cerveau s'est adapté à cette stimulation constante.

Le système de récompense joue ici un rôle central. La dopamine n'est pas simplement « l'hormone du plaisir » comme on l'entend souvent. Elle est fortement liée à l'anticipation : l'idée qu'une récompense pourrait arriver. C'est le « peut-être » qui nous pousse à vérifier encore une fois : peut-être un message important, peut-être une bonne nouvelle, eut-être un contenu intéressant.

C'est exactement ce que provoquent les réseaux sociaux : une succession de micro-promesses :
la prochaine publication sera peut-être drôle, la prochaine notification sera peut-être importante, le prochain message changera peut-être quelque chose.

Souvent, non. Mais parfois, oui. Et ce « parfois » suffit à nous faire revenir.



Pourquoi le calme devient inconfortable

Quand le cerveau est habitué à une stimulation constante, le calme peut commencer à paraître gênant.

Lire un livre semble trop lent. Marcher sans musique paraît inutile. Ne rien faire devient presque inconfortable. Une conversation simple peut sembler moins intense qu'un fil infini de contenus.

Ce n'est pas que la vie ordinaire a perdu sa valeur. C'est que notre seuil de stimulation a été déplacé.

À force d'être exposé à des contenus rapides, variés et imprévisibles, notre cerveau peut avoir plus de mal à apprécier les moments simples. Le silence devient suspect. L'ennui devient une menace. L'absence de notification ressemble à un manque.

Et pourtant, c'est souvent dans ces moments-là que le cerveau récupère vraiment.

Déconnecter, ce n'est donc pas seulement couper les écrans. C'est réapprendre à tolérer un rythme plus lent. C'est redonner au cerveau la possibilité de revenir à un niveau d'activation plus naturel.

Réapprendre, donc. Mais comment, concrètement, sans tout couper et sans vivre comme nos grands-parents ? C'est l'objet du prochain article : reprendre la main, doucement. Avec, pour commencer, un petit bilan de nos habitudes.